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Vol sur un chantier : comment identifier le responsable et obtenir une indemnisation

D'après une analyse publiée par le cabinet Kohen Avocats (Maître Reda Kohen), le vol sur un chantier en construction n'est plus un risque théorique: un reportage du 25 août 2026 décrivait des…

Vol sur un chantier : comment identifier le responsable et obtenir une indemnisation

D'après une analyse publiée par le cabinet Kohen Avocats (Maître Reda Kohen), le vol sur un chantier en construction n'est plus un risque théorique: un reportage du 25 août 2026 décrivait des logements dégradés et des matériaux emportés de nuit sur des chantiers près de Rennes, tandis que la Chambre de commerce et d'industrie de Nantes–Saint-Nazaire rappelait aux entreprises l'obligation de signaler les sites et de limiter les occasions de vol. Quand une maison est encore en travaux, la disparition de câbles, d'une chaudière, de fenêtres ou d'équipements déjà payés pose une question simple: qui avance le coût de la remise en état? La réponse ne dépend pas du fait que le terrain vous appartient. Il faut reconstituer la chronologie, identifier le propriétaire du bien, lire le marché de travaux et distinguer le vol lui-même des dommages causés par l'effraction.

Avant ou après la réception: deux régimes différents

La réception de l'ouvrage est le point de bascule. Avant celle-ci, la garde pratique du chantier et les garanties souscrites peuvent renvoyer vers l'entreprise ou vers une assurance tous risques chantier. Après celle-ci, les mécanismes de responsabilité et d'assurance ne sont plus les mêmes. La règle est stricte: tant que vous n'avez pas signé le PV de réception, vous n'êtes pas réputé avoir pris livraison. C'est la date qui détermine le régime applicable, pas l'avancement apparent des travaux.

Trois questions doivent être tranchées dans l'ordre, et c'est là que beaucoup de dossiers se perdent. À qui appartenait le bien volé? Qui en avait la garde au moment des faits? Quelle assurance avait accepté de garantir ce risque? Le propriétaire du terrain n'est pas automatiquement le débiteur de toutes les pertes survenues avant la livraison. À l'inverse, la présence d'un entrepreneur sur le site ne suffit pas, à elle seule, à établir qu'il doit rembourser tout ce qui a disparu. Le marché, les bons de livraison, les procès-verbaux de mise à disposition et les clauses de sécurité donnent la réponse la plus solide.

L'article 1788 et la garde des matériaux

Le Code civil apporte un premier repère pour les matériaux fournis par l'entreprise. L'article 1788 prévoit que, lorsque l'ouvrier fournit la matière, le risque de perte avant la livraison pèse en principe sur lui. Cette règle doit être rapprochée de l'opération réellement conclue: une maison construite par lots, avec des fournitures commandées directement par le client, ne se traite pas comme un meuble fabriqué puis remis au propriétaire. Le vol d'un bien encore stocké par l'entreprise, celui d'un équipement livré par le maître de l'ouvrage et celui d'un élément déjà incorporé à l'immeuble peuvent relever de raisonnements différents.

La clause de garde et de protection est souvent décisive. Un marché peut imposer la clôture du site, la fermeture des accès, l'enlèvement des déchets dangereux, l'éclairage nocturne, la surveillance ou la protection des matériaux jusqu'à une date déterminée. Une clause peut aussi désigner l'entreprise comme responsable des ouvrages et approvisionnements entre le déchargement et la réception. Il faut rechercher les conditions particulières, les cahiers des clauses administratives et techniques, les devis acceptés et les éventuels avenants. Si la clause existe et qu'elle n'a pas été respectée, la responsabilité de l'entreprise se profile. Si elle n'existe pas, c'est votre police dommages-ouvrage ou une garantie tous risques chantier qui peut prendre le relais — à condition d'avoir été déclarée avant le sinistre.

La méthode pour ne pas perdre l'indemnisation

Le premier réflexe consiste à ne rien toucher sur site avant constat. Dépôt de plainte dans les 48 heures, photographies horodatées, listes contradictoires avec l'entreprise, transmission immédiate à l'assureur avec copie du marché de travaux et des bons de livraison: voilà l'ordre des opérations. La précipitation est l'ennemie de l'indemnisation: un bien démonté ou déplacé avant constat perd sa qualification de vol et bascule en simple disparition, ce que les polices excluent le plus souvent.

Côté assurance, vérifiez trois points avant le démarrage du chantier et non après le sinistre: que votre contrat multirisque habitation couvre déjà la phase construction (sinon, souscrivez une tous risques chantier nominative), que l'entreprise déclare bien ses matériaux et équipements installés sous sa propre garantie, et que la clause de garde figure au marché. Un chantier mal couvert, c'est une perte sèche que personne ne prend en charge. Le vol attend la faille, pas la discussion.